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Au-delà des slogans, comprendre l’essence de la sécurité sociale

​La sécurité sociale est ce que j’appelle un commun, ou plutôt un bien commun. Ce n’est pas un bien statique, figé dans le temps, qui sépare les droits et les devoirs de chaque citoyen : c’est une mécanique dynamique qui progresse dans le temps, comme si chaque jour de rotation de la Terre entraînait la poursuite d’un lien de solidarité qu’on espère perpétuel.

Je vais même plus loin : la sécurité sociale, c’est un projet et une promesse de société que je qualifie même d’attribut du patriotisme.

Ce système « rotatif » est fondé sur deux solidarités : la solidarité intra-générationnelle et intergénérationnelle.En effet, lorsqu’on cotise, au moyen de prélèvements retenus par l’employeur et/ou acquittés par le travailleur salarié ou indépendant, on cotise pour soi-même (si on devient malade, invalide ou chômeur, par exemple) et pour toutes les personnes de la population active. C’est la solidarité intra, c’est-à-dire à l’intérieur d’une génération, ou plutôt d’une population active.

Et puis, il y a, plus important, ce qui assure chaque jour cet immense mouvement rotatif de solidarité : le financement des prestations sociales, essentiellement acquittées par les travailleurs ou indépendants actifs, vers les plus jeunes ou les plus âgés, sous différentes formes : allocations de naissance, réduction pour enfants à charge, mais aussi pensions, soins de santé, etc.

La sécurité sociale, qui est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas, est donc horizontale (au sein des travailleurs actifs) et verticale, c’est-à-dire entre les générations.C’est un bien essentiel qu’il ne faut pas abîmer, car c’est le lien citoyen ultime.

Alors, bien sûr, il y a des abus flagrants qu’il faut combattre sans relâche. Mais il faut faire attention, car si la jeune génération, déjà minoritaire par rapport aux aînés, comprend que le contrat social est rompu, elle ne va plus accepter d’y contribuer

.Et alors on en arrive à une situation à l’américaine où chacun est seul devant son destin, où les prestations sociales sont privatisées par ceux qui peuvent se le permettre et où, dans la tradition calviniste, la charité se substitue au lien social.

Et moi, j'affirme : ce n’est pas le bon choix de société.Préservons donc ce bien commun avec intelligence et fermeté, en corrigeant les dérives sans jamais briser le pacte qui nous unit.

Car la sécurité sociale n’est pas une charge, elle est le ciment invisible qui fait tenir une nation.​

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