
Ce lundi, près de deux millions de Belges sont entrés, d’une manière ou d’une autre, dans ce temps si particulier des vacances. Un temps attendu. Un temps nécessaire. Et pourtant, pour nombre d’entre nous, ce temps ne sera plus tout à fait du repos.
Les « tracances » se glissent dans nos agendas. Doucement. Presque naturellement. Un dossier à suivre. Un client à rassurer. Une échéance à ne pas manquer. Nous restons présent.e.s, un peu, sans y penser vraiment.
Reconnaissons-le : l’idée séduit. Elle nous ressemble. Nous aimons le travail bien fait. Nous tenons à nos client.e.s. Nous savons aussi que notre métier ne s’arrête pas toujours à la porte du bureau. Les tracances offrent une promesse rassurante : celle de ne pas décrocher totalement, tout en respirant ailleurs.
Et parfois, cela fonctionne. Nous prolongeons un séjour. Nous évitons l’effet de rupture. Nous reprenons plus sereinement. Nous gardons la main, sans pression apparente.
Le repos n’est pas un luxe. C’est une condition de notre équilibre. Une nécessité pour durer. Or, lorsque le travail s’invite dans nos vacances, même discrètement, il brouille quelque chose d’essentiel. L’esprit reste en veille. Le corps ne relâche pas complètement. Nous sommes dans un entre-deux. Ni vraiment au travail. Ni pleinement en repos.
À la longue, cela peut nous fatiguer sans bruit. Éroder notre concentration. Installer une tension diffuse. Et surtout, cela peut créer une norme implicite. Celle d’être joignable. Celle de ne jamais décrocher totalement.
Comme dirigeant.e.s de cabinets, nous avons une responsabilité particulière. Celle de donner le ton. Celle de protéger nos équipes, mais aussi nous-mêmes. Car nos collaborateur.trice.s nous observent, souvent sans le dire. Nos pratiques deviennent des repères.
Nous pouvons en faire une opportunité, à condition de rester vigilants. Les garder occasionnelles. Les rendre réellement volontaires. Poser des limites claires. Dire ce qui est attendu… et ce qui ne l’est pas. Préserver, surtout, des espaces de déconnexion totale. Sans compromis.
Nous pouvons aussi accepter que tout ne soit pas possible pour tout le monde. Et veiller à l’équité. Sans créer de frustration silencieuse.
Au fond, la question est simple. Quel modèle de travail voulons-nous incarner ? Un modèle où la flexibilité libère… ou un modèle où elle enferme sans bruit ?
Les tracances ne sont ni une dérive, ni une solution miracle. Elles sont un révélateur. De nos pratiques. De nos valeurs. De notre capacité à conjuguer engagement et humanité.
À nous, collectivement, d’en faire un choix conscient. Et responsable.
Belles tracances… ou belles vraies vacances.
Dans tous les cas : prenez soin de vous.
Guy